Saint Aubin Epinay, c'est l'histoire d'un village ordinaire. Mais ce territoire de près de 1000 hectares, composé d'une vallée et de plateaux, a été le témoin de l'histoire de la France et de la Normandie. Ses habitants furent les acteurs, souvent modestes, des soubresauts et des évolutions de la socièté.
Des hachettes en silex de l'époque gauloise ont été retrouvées dans la commune. Des vases, des armes et des sépultures, datant de l'époque franque, furent découverts en 1832 dans le bois près de la route départementale qui va à St Jacques, ce qui permet de constater que déjà, à cette époque, des personnes vivaient à St Aubin. Quand les premières familles, à l'époque de Charlemagne, arrivent au fond de la vallée, elles découvrent une forêt et des marécages. Ces familles paysannes s'installent à Epinay au pied des plateaux de St Jacques, de Montmain et de Boos pour défricher la forêt et créer les premiers pâturages.
C'est autour de l'église d'Epinay, à partir du 11 et 12 ième siècle, que va se constituer un premier village. L'église connaîtra de nombreux remaniements. Au 16 et 17 ième siècle, elle prend la forme que nous lui connaissons aujourd'hui. La statue de la vierge couronnée étant le symbole de cette période. Epinay sur Aubette est un pauvre hameau de paysans sans terre. Sur les hauteurs, les seigneurs du Meslay, essentiellement une dynastie de capitaines de la ville de Rouen, dominent la vallée.. Plusieurs seigneurs se font enterrer à Epinay. Un signe est encore présent: à l'intérieur de l'église, sur une pierre tombale, est dessiné un blason supportant deux hermines et trois tours.
Le lieu est aussi réputé pour ses pélérinages, notamment à cause de la statue de Saint Lubin qui possède le pouvoir de guérir les maladies de peau. L'Eglise est représentée à Epinay par les bénédictins de St Ouen de Rouen. Le tableau central, représentant l'assomption de la vierge, a probablement été offert par l'abbaye, à la suite d'un voeu.
La révolution française ne passe pas inaperçue à Epinay sur Aubette. La présence de plusieurs colombiers sur le village (Meslay, Epinay, Branville) va déclencher des réactions. En effet, les colombiers étaient perçus par les paysans comme une terrible injustice. Car ils permettaient aux seigneurs de disposer, sans travailler, de viande fraiche; les pigeons se nourissant sur les terres cultivées par ces paysans. Pour la première fois, un document est signé par les habitants: les cahiers de doléances. La réunion des 50 familles aura lieu dans l'église d'Epinay. Pierre LEFEVRE sera le premier républicain du village.
Monsieur De BAUDRIBOSC, guillotiné au moment de la convention, sera le dernier seigneur du Meslay. Son château sera démoli. Prudents, les bénédictins de St Ouen se retirent. Ils percevaient tout de même 600 livres de revenus sous forme de bois de chauffage.
La période de la restauration et de Napoléon III, par l'intermédiaire des préfets, donnera une image de St Aubin Epinay qui nous est plus familière:.- La vallée est asséchée, les derniers hérons disparaissent. - Les forêts sont plantées de hêtres et de chênes.- Les pommiers remplacent les poiriers, le cidre remplace le poiré.- Une route départementale, au fond de la vallée remplace les chemins empruntant les collines; le chemin du vert buisson qui permettait de faire l'aller et retour à Rouen dans la journée perd son utilité.- des inondations catastrophiques amènent à creuser la ravine.
La ravine: La ravine, ce grand fossé jonché de petits ponts, a toute son histoire. Les habitants, victimes d'inondations répétées, finirent par obtenir de l'Etat, les moyens de construire une ravine principale dans la commune qui récoltait les eaux de ruisselement des plateaux environnants. A plusieurs reprises, elle faillit disparaître. Seuls, les anciens se souvenaient de l'avoir vu remplie d'eau. L'urbanisation récente et son creusement font qu'elle coule beaucoup plus souvent depuis une dizaine d'année.
En 1823, suite à une décision administrative, la commune de St Aubin Epinay naît du regroupement des villages d'Epinay sur Aubette et de St Aubin des bois; elle compte alors 350 habitants . Plus tard la commune quittera le canton de Boos pour être rattachée à celui de Darnétal. La vie des habitants de St Aubin Epinay a beaucoup changé depuis deux siècles. La brique prend peu à peu la place du colombage et du torchis; les toits de chaume sont remplacés par les tuiles ou les ardoises.
Le 19ème siècle voit l'arrivée des usines et des moulins. Toutes les vallées proches de Rouen bénéficient de l'activité du port qui fournit, en ce début du 19 ième siècle, le coton américain. . Elles vont voir s'édifier en quelques dizaines d'années des centaines d'usines qui puisent l'énergie de la rivière actionnant moulins et machines à vapeur.
D'énormes cheminées témoins de ces temps de prospérité vont s'ériger dans les vallées de l'Aubette et du Robec. A cette époque, St Aubin Epinay posséde les deux atouts majeurs pour son développement: la proximité du port et la rivière; elle sera choisie par les industriels qui implanteront plusieurs usines dont deux manufactures de tissage.
Les paysans délaissent leurs champs et deviennent des ouvriers qui tissent dans les usines. Nicolas Risler crée sa manufacture dans le centre du village. L'industriel André Stackler s'installe à St Aubin en 18 ††?-?20 aux sources de l'Aubette. Il se spécialise dans la fabrication de tissus en coton imprimé et met au point des procédés les plus modernes pour améliorer les techniques d'indiennage. Son usine compte parmi les plus modernes et couvre tout le site St Romain. Mais le coton est une matière spéculative. Les moments de prospérité alternent avec les période de crise et de surproduction. On dit qu'en période de chômage technique ou de mévente, les ouvriers étaient transformés en maçons, d'où le nombre impressionnant de murs dans la commune. C'est pour stocker les invendus que le batiment de l'actuelle salle St Romain fut construit Au début du siècle, la concurrence anglaise est très dure, la famille Stackler résiste à la fermeture jusqu'en 1903, grâce à de bons ingénieurs et contremaîtres.
Deux moulins profitaient de l'énergie de l'Aubette, l'un au centre de St Aubin produisait la farine, l'autre à l'entrée de St Aubin s'était spécialisé dans la fabrique de planches ; une technique particulière de durcissement permettait de les utiliser dans la construction de ponts.
Le 20 ième siècle sera pour St Aubin Epinay une période de tensions. La loi du "Père COMBES" sur la laïcité, provoque des conflits lors des inventaires de l'église de St Aubin qui devient propriété de l'Etat. Les processions de la fête Dieu seront parfois des contres offensives symboliques et pacifiques Sur le site de l'usine fermée, une école privée est créée, c'est l'école Ste Cécile. Une communauté de religieux d'origine bretonne assurera, jusqu'à la fin des années 1960, l'enseignement. Des religieuses s'installent à la villa Ste Rose. Juste avant la guerre de 1914, St Aubin Epinay était un village fort actif. De nombreux artisans et commerçants: boulanger, épiciers, sabotier, boucher, cordonnier, bourrelier rythmaient la vie du village, sans oublier les cafés, la compagnie de pompiers et le curé. St Aubin Epinay prenait des allures de chef lieu de canton. Les cafés furent nombreux La plupart des maisons existent encore. Mais ils n'avaient pas tous la même fonction. Les uns étaient des cafés ouvriers, d'autres évoluèrent vers le café champètre du dimanche: la guinguette.
Mais avec la guerre de 1914 - 18, la commune payera un lourd tribu à la nation. Un tiers des habitants en âge de porter les armes sont tués ou blessés. Les victimes font partie de toutes les couches sociales de la population: fils d'ouvrier, d'artisan, de commerçant, d'industriel... l'abbé MARTEL, curé de la paroisse meurt en 1917 à l'age de 33 ans. Pendant cette guerre, un camp de prisonniers allemands est installé dans les locaux désaffectés de l'usine.
Dans les années 1920, le chanoine LEPICARD installe une colonie de vacances pour les enfants rouennais. C'est le lointain précurseur du Val d'Aubette. Sur la commune, il y a un terrain de basket, une salle de théâtre et un patronnage. La guerre de 1939 - 45 sera pour St Aubin Epinay une période douloureuse. Les tensions sont vives au conseil municipal. Il y a du marché noir. En juin 1943, René STACKLER, alors maire de St Aubin Epinay, est nommé maire de Rouen. Mais c'est aussi la période des tickets de rationnement, du bois de chauffage réquisitionné, des enfants de Rouen à qui on veut faire éviter les bombardements. Les canadiens libèrent la commune le 30 août 1944. A la fin de la guerre la population est profondément renouvelée. De nouveaux habitants reprennent les fermes. De plus en plus, on va aller travailler à Rouen. La modernité arrive avec l'eau courante, l'électricité, le téléphone, la voiture et de nouvelles constructions. St Aubin Epinay commence à vivre une nouvelle étape...
Extrait du "Répertoire archéologique du département de Seine inférieure" rédigé par Mr l'abbé COCHET (Paris Imprimerie Nationale 1871)
Saint AUBIN EPINAY est formée des 2 anciennes paroisses de St Aubin la rivière et d'Epinay sur Aubette réunies en 1823.
* St Aubin:
Epoque gauloise: Hachette en silex Epoque franque, Cercueils de pierre contenant des coupes, des vases et des armes découverts en 1832 dans le bois près du chemin qui conduit à St Jacques ; Sépultures franques trouvées dans la côte de St Aubin en 1863 en ouvrant le chemin de grande communication N°7 de Darnétal à Senarpont.
Moyen age : L'église sous le vocable de St Aubin a été refaite à neuf et en style roman de 1849 à 1853. Il n'en reste plus que le baptistère qui est au musée de Rouen. c'est une cuve de pierre de forme carrée, garnie de petites colonnettes qui indiquent parfaitement le XIIIe siècle.
* Epinay sur Aubette
: Moyen age - L'église dédiée à la sainte vierge est en construction; elle remonte au plus au XVIIe siècle.
Extrait du document consulté aux archives de Rouen datant de 1877 "Arrondissement de Rouen - canton de Boos"
SAINT AUBIN EPINAY. -410 hab.,972 hect., à la source de l'Aubette, par 36 m. d'alt. - Chemins numéros 7, 42, 91. - poste de Darnétal (4km); à 5 km de Boos, 8 km de Rouen.
Succursale. Filature; fabrique de toiles peintes.;Moulins.
Deux anciennes paroisses encore pourvues de leurs églises: St Aubin la Rivière et Epinay sur Aubette. La première, dont le patron a donné son nom à la commune, a été bâtie en 1850. L'ancien baptistère, au musée des antiquités, date du XIIIe siècle. Il se faisait anciennement une procession à Bonsecours le jour de l'Ascension, et une autre à la chapelle St Adrien, le lundi de la Pentecôte. Ces processions furent remises à un autre jour par l'autorité ecclésiastique. Depuis la Révolution, celle de la Pentecôte a été rétablie. "Ce village dit Duplessis, a tiré son surnom de la petite rivière d'Aubette, sur laquelle il est situé. Quelques titres du XVe siècle l'appelle S. Albini de piris ( St Aubin des Poiriers). Il a porté anciennement le nom de Carville.
Au XIIe siècle, Gautier de St Martin donna au Chapitre de Rouen son droit de présentation à cette cure". Plus tard, ce fut le grand chantre de la cathédrale qui y présenta. Au XIIIe siècle, l'abbé de St Ouen avait les deux tiers des poires et des pommes qui croissaient sur la sergenterie de Biaugrant. Soixantes acres de terre furent donnés aux moines de St Georges, par Guillaume le Conquérant (1066), au hameau de Branville. St Aubin, peuplé de 80 ménages au XIIIe siècle, n'en renfermait plus que 47 en 1707. A Epinay sur Aubette l'église, dédiée à la Ste Vierge, est moderne et sans caractère. Litre extérieure. Il y eut, en outre, une chapelle de N. D. de la Délivrande au manoir du Meslay. Epinay (Spinetum ou Spineium, c'est à dire, lieu planté d'épines) était le fief de l'abbaye de St Ouen. Les religieux vendirent leur terre en 1564, mais se réservèrent le droit de présenter à la cure. Vers 1050, la forêt d'Epinay fut cédée, moyennant 60 livres, à l'abbaye du mont Ste Catherine, par Robert, comte d'Eu. Un manoir y a été donné dès 1030 aux religieuses de St Amand, par Gosselin, vicompte d'Arques. Quinze famille seulement vivaient à Epinay en 1453, au lieu des cinquante - trois que le XIIIe siècle y avait connues. Antiquités: hachettes gauloise, cercueils francs en pierre avec vases et armes (à St Aubin).